Comment les mouvements pour l‘avortement ont-ils agit avant la loi de 1975 ?

Les mouvements en faveur de l'avortement se sont manifestés durant les années 1970 afin d'offrir aux femmes le pouvoir de choisir d'avoir ou non une grossesse. Et ainsi de pourvoir bénéficier quand elles le souhaitent d'un suivi médical adapté, qui ne les mets donc pas en danger.

Ce qui n'était pas le cas quand elles souhaitaient pratiquer un avortement avant la mise en place de cette loi. En effet les interruptions volontaires de grossesse étaient, alors, pratiquées sans aucune qualification, sans aucune hygiène, dans des circonstances atroces et qui se finnissaient souvent par le décès de la femme. 

L'exemple type est celui des faiseuses d'anges. C'étaient des femmes ( ou des hommes ) qui pratiquaient des avortements clandestinement pour venir en aide à des femmes en détresse. Les pratiques étaient multiples : il pouvait y avoir des substances dîtes abortives, à l'époque, comme l'utilisation du plomb, du mercure de l'arsenic qui alors qu'ils ne fonctionnaient pas toujours, mettaient gravement en péril la santé de la mère. Il existait des techniques mécaniques comme les lavements répétés ( par exemple à l'eau de javel ), ou encore l'utilisation d'outils divers comme les aiguilles à tricoter, les tringles de rideaux... Toutes sortes de méthodes considérées aujourd'hui comme horribles mais qui étaient les seules solutions pour ces femmes qui ne pouvaient garder l'enfant qu'elles portaient. 

 Cette vidéo est un extrait du film "Une affaire de femmes" de Claude Chabrol en 1988, où l'actrice principale Isabelle Huppert joue le rôle d'une mère de famille qui accepte d'aider une jeune voisine à se débarrasser d'un enfant non désiré. Encouragée par son succès dans cet acte, elle entame un processus qui la fait devenir une faiseuse d'anges. Ce court passage représente le moment où elle fait avorter sa première patiente. On peut ainsi remarquer les conditions pour pratiquer une interruption de grossesse à cette époque.

                      

 

Ainsi face à l'inexistance de choix et de techniques apropriés, des mouvements pour faire adopter une loi surgissent dans les rues.

Un d'entre eux est le Mouvement de Libération des Femmes issu de plusieurs groupes et courants. Il à la fois issu des combats féministes historiques, du mouvement de mai 1968 et du Women's Lib américain naissant. Entre plusieurs revendications pour l'égalité de tous les droits, ce mouvement lutte pour établir le droit à la contraception et à l'avortement amorcé par le Planning Familial en France. Monique Wittig, une des militantes du MLF, choisit entre autre de défendre l'avortement, Elisabeth Dimitriev s'impliqua dans le MLF dès le début des années 1970 et dans la campagne du "Manifeste des 343" pour là, aussi, la contraception et l'avortement. Afin de se faire entendre et d'atteindre le but, des militants agissent, parfois même de manière spectaculaire voir provocatrice, en effet : - en 1968 : prise de parole, levées d'interdits, printemps 1970 : premier meeting public du MLF, 1971 : premier numéro du Torchon Brûle, Manifest des 343 "salopes" pour le droit à l'avortement, premières grandes manifestations de rues...

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Le Planning familial a joué, lui aussi, un rôle important dans la revendication au droit à l'avortement. Cette assosciation a été créée en 1956 sous le nom de "La maternité heureuse". En 1960, l'association devient le "Mouvement Français pour le Planning Familial". Ce planning est un mouvement de militant prennant en compte toutes les sexualités, qui défend le droit à la contraception, à l'avortement et à l'éducation à la sexualité. Il lutte aussi contre toutes les formes de discrmination et contre les inégalités sociales pour atteindre une égalité homme/femme et une société plus juste. C'est un mouvement d'éducation populaire et de lutte pour que chacun puisse bénéficier d'un droit à l'information et à une éducation permettant ainsi d'atteindre une certaine autonomie.  Pour le planning familial défendre l'avortement, "c'est défendre la dignité et la liberté des femmes commes des hommes, c'est défendre leur droit à vivre leur sexualité sans répression ni dépendance."

343 femmes se sont réunies pour déclarer dans le Nouvel Observateur, avec courage et contestation : "Je me suis fait avorter". Ainsi apparait le "Manifeste des 343" le 5 avril 1971. Dans ce manifeste, l'ensemble des ces femmes déclare avoir pratiqué un avortement, et déplore les conditions dangereuses auquelles elles ont eu recours.

 MANIFESTE : J. Abba-Sidick, J. Abdalleh, Monique Anfredon, Catherine Arditi, Maryse Arditi, Hélène Argellies, Françoise Arnoul, Florence Asie, Isabelle Atlan, Brigitte Auber, Stéphane Audran, Colette Aubry, Tina Aumont, L. Azan, Jacqueline Azim, Micheline Baby, Geneviève Bachelier, Cécile Ballif, Néna Baratier, D. Bard, E. Bardis, Anne de Bascher, C. Batini, Chantal Baulier, Hélène de Beauvoir, Simone de Beauvoir, Colette Biec, M. Bediou, Michèle Bedos, Anne Bellec, Loleh Bellon, Edith Benoist, Anita Benoit, Aude Bergier, Dominique Bernabe, Jocelyne Bernard, Catherine Bernheim, Nicole Bernheim, Tania Bescomd, Jeannine Beylot, Monique Bigot, Fabienne Biguet, Nicole Bize, Nicole de Boisanger, Valérie Boisgel, Y. Boissaire, Séverine Boissonnade, Martine Bonzon, Françoise Borel, Ginette Bossavit, Olga Bost, Anne-Marie Bouge, Pierrette Bourdin, Monique Bourroux, Bénédicte Boysson-Bardies, M. Braconnier-Leclerc, M. Braun, Andrée Brumeaux, Dominique Brumeaux, Marie-François Brumeaux, Jacqueline Busset, Françoise de Camas, Anne Camus, Ginette Cano, Betty Cenel, Jacqueline Chambord, Josiane Chanel, Danièle Chinsky, Claudine Chonez, Martine Chosson, Catherine Claude, M.-Louise Clave, Françoise Clavel, Iris Clert, Geneviève Cluny, Annie Cohen, Florence Collin, Anne Cordonnier, Anne Cornaly, Chantal Cornier, J. Corvisier, Michèle Cristorari, Lydia Cruse, Christiane Dancourt, Hélène Darakis, Françoise Dardy, Anne-Marie Daumont, Anne Dauzon, Martine Dayen, Catherine Dechezelle, Marie Dedieu, Lise Deharme, Claire Delpech, Christine Delphy, Catherine Deneuve, Dominique Desanti, Geneviève Deschamps, Claire Deshayes, Nicole Despiney, Catherine Deudon, Sylvie Diarte, Christine Diaz, Arlette Donati, Gilberte Doppler, Danièle Drevet, Evelyne Droux, Dominique Dubois, Muguette Durois, Dolorès Dubrana, C. Dufour, Elyane Dugny, Simone Dumont, Christiane Duparc, Pierrette Duperrey, Annie Dupuis, Marguerite Duras, Françoise Duras, Françoise d'Eaubonne, Nicole Echard, Isabelle Ehni, Myrtho Elfort, Danièle El-Gharbaoui, Françoise Elie, Arlette Elkaïm, Barbara Enu, Jacqueline d'Estrée, Françoise Fabian, Anne Fabre-Luce, Annie Fargue, J. Foliot, Brigitte Fontaine, Antoinette Fouque-Grugnardi, Eléonore Friedmann, Françoise Fromentin, J. Fruhling, Danièle Fulgent, Madeleine Gabula, Yamina Gacon, Luce Garcia-Ville, Monique Garnier, Micha Garrigue, Geneviève Gasseau, Geneviève Gaubert, Claude Genia, Elyane Germain-Horelle, Dora Gerschenfeld, Michèle Girard, F. Gogan, Hélène Gonin, Claude Gorodesky, Marie-Luce Gorse, Deborah Gorvier, Martine Gottlib, Rosine Grange, Rosemonde Gros, Valérie Groussard, Lise Grundman, A. Guerrand-Hermes, Françoise de Gruson, Catherine Guyot, Gisèle Halimi, Herta Hansmann, Noëlle Henry, M. Hery, Nicole Higelin, Dorinne Horst, Raymonde Hubschmid, Y. Imbert, L. Jalin, Catherine Joly, Colette Joly, Yvette Joly, Hermine Karagheuz, Ugne Karvelis, Katia Kaupp, Nanda Kerien, F. Korn, Hélène Kostoff, Marie-Claire Labie, Myriam Laborde, Anne-Marie Lafaurie, Bernadette Lafont, Michèle Lambert, Monique Lange, Maryse Lapergue, Catherine Larnicol, Sophie Larnicol, Monique Lascaux, M.-T. Latreille, Christiane Laurent, Françoise Lavallard, G. Le Bonniec, Danièle Lebrun, Annie Leclerc, M.-France Le Dantec, Colette Le Digol, Violette Leduc, Martine Leduc-Amel, Françoise Le Forestier, Michèle Leglise-Vian, M.-Claude Lejaille, Mireille Lelièvre, Michèle Lemonnier, Françoise Lentin, Joëlle Lequeux, Emmanuelle de Lesseps, Anne Levaillant, Dona Levy, Irène Lhomme, Christine Llinas, Sabine Lods, Marceline Loridan, Edith Loser, Françoise Lusagne, M. Lyleire, Judith Magre, C. Maillard, Michèle Manceaux, Bona de Mandiargues, Michèle Marquais, Anne Martelle, Monique Martens, Jacqueline Martin, Milka Martin, Renée Marzuk, Colette Masbou, Celia Maulin, Liliane Maury, Edith Mayeur, Jeanne Maynial, Odile du Mazaubrun, Marie-Thérèse Mazel, Gaby Memmi, Michèle Meritz, Marie-Claude Mestral, Maryvonne Meuraud, Jolaine Meyer, Pascale Meynier, Charlotte Millau, M. de Miroschodji, Geneviève Mnich, Ariane Mnouchkine, Colette Moreau, Jeanne Moreau, Nelly Moreno, Michèle Moretti, Lydia Morin, Mariane Moulergues, Liane Mozere, Nicole Muchnik, C. Muffong, Véronique Nahoum, Eliane Navarro, Henriette Nizan, Lila de Nobili, Bulle Ogier, J. Olena, Janine Olivier, Wanda Olivier, Yvette Orengo, Iro Oshier, Gege Pardo, Elisabeth Pargny, Jeanne Pasquier, M. Pelletier, Jacqueline Perez, M. Perez, Nicole Perrottet, Sophie Pianko, Odette Picquet, Marie Pillet, Elisabeth Pimar, Marie-France Pisier, Olga Poliakoff, Danièle Poux, Micheline Presle, Anne-Marie Quazza, Marie-Christine Questerbert, Susy Rambaud, Gisèle Rebillion, Gisèle Riboul, Arlette Reinert, Arlette Repart, Christiane Rebeiro, M. Ribeyrol, Delye Ribes, Marie-Françoise Richard, Suzanne Rigail Blaise, Marcelle Rigaud, Laurence Rigault, Danièle Rigaut, Danièle Riva, M. Riva, Claude Rivière, Marthe Robert, Christiane Rochefort, J. Rogaldi, Chantal Rogeon, Francine Rolland, Christiane Rorato, Germaine Rossignol, Hélène Rostoff, G. Roth-Bernstein, C. Rousseau, Françoise Routhier, Danièle Roy, Yvette Rudy, Françoise Sagan, Rachel Salik, Renée Saurel, Marie-Ange Schiltz, Lucie Schmidt, Scania de Schonen, Monique Selim, Liliane Sendyke, Claudine Serre, Colette Sert, Jeanine Sert, Catherine de Seyne, Delphine Seyrig, Sylvie Sfez, Liliane Siegel, Annie Sinturel, Michèle Sirot, Michèle Stemer, Cécile Stern, Alexandra Stewart, Gaby Sylvia, Francine Tabet, Danièle Tardrew, Anana Terramorsi, Arlette Tethany, Joëlle Thevenet, Marie-Christine Theurkauff, Constance Thibaud, Josy Thibaut, Rose Thierry, Suzanne Thivier, Sophie Thomas, Nadine Trintignant, Irène Tunc, Tyc Dumont, Marie-Pia Vallet, Agnès Van-Parys, Agnès Varda, Catherine Varlin, Patricia Varod, Cleuza Vernier, Ursula Vian-Kubler, Louise Villareal, Marina Vlady, A. Wajntal, Jeannine Weil, Anne Wiazemsky, Monique Wittig, Josée Yanne, Catherine Yovanovitch, Annie Zelensky.

 Simone Veil est l'une des figures emblématiques de la lutte pour l'avortement. Depuis le milieu des années 1970, elle est considérée grâce à son combat pour la loi relative à l'interruption volontaire de grossesse votée en 1975 et à un parcours de vie exceptionnel marqué par la tragédie, comme la femme politique française la plus célèbre et la plus populaire. Simone Veil s'est vu confier la préparation de la loi sur l'avortement et ainsi elle s'attelle au texte de loi et devient la personnalité la plus médiatisée du gouvernement. Elle doit, ensuite, affronter les résistances et les attaques parlementaires. Cependant lors de la seconde lecture du texte de loi, à l'Assemblée nationale, la loi est adoptée par 277 voix contre 192, soit la totalité des votes de gauche et une petite majorité de ceux de droite. La loi est finalement promulguée le 17 janvier 1975 et pose "qu'une femme enceinte que son état place dans une situation de détresse peut demander à un médecin l'interruption de sa grossesse" avant la dixième semaine et après une consultation dans un organisme agréé. Cependant les médecins demeurent libres de choisir de pratiquer ou non des IVG. La loi est votée pour cinq ans, elle sera définitivement adoptée en 1979, et en 2001 son délai sera porté à douze semaines. Ainsi le courage et la tenacité de la ministre est salué par toute la presse ce qui assoit sa popularité.

Cette image représente des militantes du Mouvement de Libération des Femmes, le jour même où la loi de l'avortement a été promulguée, qui se regroupent pour montrer qu'elles ont enfin obtenu une réponse satisfaisante à leur revendication.

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MLF - Manif pour avortement © Danielle Guardiola / Photos.Neteyes.fr (17 janvier 1975)


Ainsi ces mouvements en faveur de l'avortement ont su se montrer, crier leur revendication pour que tout le monde les entendent et défendre leurs droits. Ils sont, après de vifs combats, sortis vainqueurs de leur quête : l'avortement est devenu légal, ce qui a permis l'émergence de nouvelles techniques d'avortement afin que les femmes n'aient pas plus à se cacher et qu'elles puissent bénéficier de suivis médicaux adaptés. Cependant, cette loi n'a pas été prise à la légère; des délais ont été instaurés, des règles et des procédures ont été mis en place, l'avortement comme le montrent certains n'est pas non plus quelque chose d'anodin. De ce fait, l'avortement a été totalement encadré à partir de 1975. Les manifestations pro-IVG ont donc "baissé la voix" puisque qu'elles furent entendue, leurs manifestations ne furent plus que pour remercier ceux qui avaient agi en leur faveur et finirent par s'apaiser. 

De nos jours, l'avortement est obligatoirement pratiqué par des médecins qualifiés, dans des endroits spécifiques. La contraception a aussi énormément évoluée et est pratiquement abordable par tous. Aujourd'hui, on remarque que ce sont les militants contre l'avortement qui se manifestent le plus, qui à leur tour haussent la voix. Ils se montrent donc et essaient de se faire entendre par le plus grand nombre, agissant parfois avec violence. Nous verrons donc dans une seconde partie, après vous avoir précisé l'évolution des techniques d'avortement, de quelle manière les mouvements d'oppositions se manifestent.

                                        

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